Cette étude explore le phénomène des arnaques en France. Elle s’inscrit dans une analyse comparative menée en juin 2026 auprès de 2 832 personnes interrogées aux États-Unis, en France et en Espagne, dont 1 013 en France.
Les résultats montrent que la France est en proie à un siège numérique permanent, où les arnaques liées aux livraisons sont devenues si répandues qu’elles constituent désormais le type d’arnaque le plus reconnu dans le pays.
France : sous la pression constante des arnaques
Les Français sont les plus exposés aux tentatives d’arnaque au quotidien parmi les trois pays étudiés. Les données montrent que 56 % des personnes interrogées reçoivent une tentative d’arnaque présumée chaque jour, soit près de 6 personnes sur 10. Au total, près de 9 Français interrogés sur 10 sont confrontés à une tentative d’arnaque présumée au moins une fois par semaine. Par ailleurs, 12 % des Français ont été victimes d’une arnaque au cours des 12 derniers mois, entraînant une perte financière. Parmi eux, 44 % a perdu 100 € ou moins.
Cette pression quotidienne est toutefois particulièrement marquée chez les millennials : 64 % des Français interrogés appartenant à cette génération déclarent être confrontés à une tentative d’arnaque au quotidien. Elle est encore plus forte chez les hommes millennials (65 % en reçoivent quotidiennement), ainsi que chez les cadres et professions intellectuelles (60 %, contre 50 % des étudiants). L’Occitanie est également la région la plus ciblée (64 %), suivie de près par la Bourgogne-Franche-Comté (62 %).
En France, les appels téléphoniques sont le principal moyen utilisé par les escrocs : 40 % des personnes interrogées en reçoivent chaque jour, soit le taux le plus élevé, tous canaux confondus, parmi les trois pays étudiés. Les Français sont également ciblés quotidiennement par des arnaques par SMS (26 %) et sur les réseaux sociaux (20 %).
L’intensité de ces tentatives augmente sensiblement lorsqu’une personne a déjà été victime d’une arnaque. En France, les victimes d’arnaque (c’est-à-dire les personnes ayant perdu de l’argent au profit d’un escroc) sont ciblées bien plus intensément que les autres : 74 % déclarent recevoir des tentatives d’arnaque chaque jour, contre 54 % des non-victimes. Plus précisément, les victimes reçoivent quotidiennement des tentatives d’arnaque via des applications de messagerie à un taux près de trois fois supérieur à celui des non-victimes (43 % contre 15 %), et des tentatives d’arnaque sur les réseaux sociaux à un taux plus de deux fois et demie supérieur (44 % contre 17 %). Ces résultats suggèrent que les escrocs pourraient concentrer leurs efforts sur les applications de messagerie et les réseaux sociaux une fois qu’une personne a été identifiée comme une cible.
Le phénomène français : les arnaques à la livraison
Le phénomène qui caractérise les arnaques en France est celui de « l’anxiété liée aux livraisons ». Les arnaques reposant sur de faux services de livraison et de messagerie touchent chaque jour une personne interrogée sur deux (50 %), ce qui en fait un phénomène particulièrement répandu. Les générations les plus âgées sont particulièrement ciblées : près de 6 baby-boomers sur 10 (nés entre 1946 et 1964) déclarent avoir été confrontés à ce type d’arnaque au cours des 12 derniers mois.
Les escrocs exploitent largement les noms de marques de livraison reconnues, telles qu’Amazon, Chronopost, Mondial Relay ou UPS, afin de créer un sentiment d’urgence autour de « frais de douane impayés » ou de « livraison impossible ».
Si les arnaques à la livraison constituent la catégorie la plus répandue, un examen plus approfondi montre que le phénomène des arnaques en France est marqué par trois scénarios très spécifiques au contexte national, qui exploitent le sens du devoir civique et les interactions avec les administrations publiques. Près de la moitié des Français interrogés (45 %) ont déjà été confrontés à des messages se faisant passer pour l’ANTAI (amendes) ou les impôts, ce qui en fait le leurre usurpant une administration publique le plus répandu. Viennent ensuite les fausses demandes de paiement de frais de livraison, propres au contexte français, usurpant notamment l’identité de Mondial Relay, Chronopost ou Colissimo (43 %), ainsi que les appels frauduleux récurrents liés au CPF (Compte personnel de formation) ou aux aides à la rénovation énergétique (39 %).
L’exposition aux messages frauduleux usurpant l’identité de l’ANTAI ou des impôts augmente fortement avec l’âge, atteignant un pic de 52 % chez les 45-64 ans, avant de reculer à 41 % chez les 65-74 ans. Ces résultats font apparaître un profil cible spécifique (celui des propriétaires et contribuables d’âge mûr) distinct de la surreprésentation des baby-boomers dans les arnaques à la livraison.
Ces pratiques sont renforcées par une vague incessante de violations de données en France. La France compte parmi les pays les plus durement touchés au monde par les violations de données, se classant au deuxième rang pour le nombre de comptes compromis au premier trimestre 20261. Des fuites d’ampleur, comme celle de Colis Privé (qui a exposé les adresses postales et les numéros de téléphone de millions de personnes) donnent aux escrocs les éléments concrets dont ils ont besoin pour rendre un faux SMS de livraison ou un avis d’amende frauduleux particulièrement crédible. En s’appuyant sur des données personnelles volées, les escrocs transforment de simples messages administratifs en arnaques d’ingénierie sociale extrêmement ciblées.
La part de seniors victimes d’arnaques est moindre, mais ils subissent des pertes financières plus importantes
En France, les arnaques ne touchent pas toutes les générations de la même manière. La génération Z est surreprésentée parmi les victimes : elle représente à elle seule 44 % de l’ensemble des victimes, alors qu’elle ne constitue qu’une part bien plus faible de la population. À l’inverse, les baby-boomers ne représentent que 8 % des victimes.
Un paradoxe se dessine toutefois en matière de pertes financières : si les seniors sont moins souvent victimes d’arnaques, celles-ci leur coûtent généralement beaucoup plus cher. Près de 4 victimes sur 10 âgées de 65 à 74 ans (38 %) ont perdu plus de 5 000 €, soit la proportion la plus élevée de pertes supérieures à ce montant observée parmi l’ensemble des catégories démographiques des trois pays étudiés. À l’inverse, les victimes les plus jeunes subissent généralement des pertes plus limitées : près de 5 victimes sur 10 (44 %) ont perdu 100 € ou moins.
Les arnaques qui font perdre de l’argent aux Français
En France, les victimes d’arnaques ayant subi une perte financière présentent un profil socio-économique bien particulier. Elles sont nettement plus nombreuses parmi les personnes à hauts revenus (57 %, contre 39 % chez les non-victimes) et parmi cadres et professions intellectuelles (32 %, contre 21 %).
Certains types d’arnaques entraînent aussi plus souvent une perte financière :
- Arnaques sentimentales : 20 % des victimes y ont été confrontées, contre 8 % des non-victimes
- Fausses offres d’emploi : 23 % des victimes y ont été confrontées, contre 10 % des non-victimes
- Arnaques à l’investissement : elles touchent principalement les jeunes et les personnes à hauts revenus. Ainsi, 22 % des 18-24 ans ont été confrontés à ce type d’arnaque
Face aux arnaques, les Français adoptent principalement deux types de réaction : le blocage des escrocs (55 %) et le fait d’ignorer les tentatives d’arnaque (37 %). Comme aux États-Unis, où l’on observe un « paradoxe de la sécurité », les Français ont tendance à adopter des outils de cybersécurité seulement après avoir subi une perte financière liée à une arnaque. Les victimes sont ainsi plus nombreuses à utiliser des outils de protection (73 %) que les personnes n’ayant jamais perdu d’argent à la suite d’une arnaque (55 %). Ces résultats confirment qu’en France, l’adoption des outils de cybersécurité reste largement réactive et intervient le plus souvent après qu’une arnaque a déjà causé un préjudice financier.
Comparaison entre les pays
La fréquence des tentatives d’arnaque et le nombre de personnes qui en sont victimes ne vont pas nécessairement de pair. La France affiche le niveau d’exposition quotidienne le plus élevé (56 %), sans pour autant enregistrer la plus forte proportion de victimes. Les États-Unis se situent légèrement derrière en matière d’exposition quotidienne (51 %), mais enregistrent la plus forte proportion de personnes ayant subi une perte financière à la suite d’une arnaque (17 %). L’Espagne présente à la fois le niveau d’exposition quotidienne le plus faible (41 %) et la plus faible proportion de victimes d’arnaques ayant subi une perte financière (11 %). En d’autres termes, le fait qu’un pays soit moins exposé aux tentatives d’arnaque ne signifie pas pour autant que ses habitants sont moins souvent victimes d’arnaques ou qu’ils y perdent moins d’argent. Le type d’arnaque, sa crédibilité et le comportement des utilisateurs jouent un rôle tout aussi important.
Le phénomène des arnaques diffère également fortement d’un pays à l’autre.
Par ailleurs, le profil des victimes est remarquablement similaire dans les trois pays : même si toutes les catégories de population sont ciblées, les jeunes actifs urbains aux revenus élevés sont les plus vulnérables. Aux États-Unis, le niveau de revenu constitue la ligne de fracture la plus nette : les personnes aux revenus élevés sont surreprésentées parmi les victimes. En France, c’est le clivage générationnel qui ressort le plus, la génération Z étant la plus surreprésentée. En Espagne, la différence la plus marquée tient à la catégorie socioprofessionnelle, les cadres et professions intellectuelles supérieures se distinguant tout particulièrement.
Les comportements de paiement reflètent les habitudes propres à chaque marché. Les États-Unis se distinguent par le recours aux cartes-cadeaux (29 %) et aux cryptomonnaies (22 %), deux modes de paiement associés aux escroqueries jouant sur l’urgence et aux arnaques à l’investissement. En Espagne, Bizum et les autres solutions de paiement entre particuliers sont largement privilégiés, tandis que la France reste plus attachée aux modes de paiement traditionnels, principalement les virements bancaires et les paiements par carte.
Un constat se vérifie dans les trois pays : les mesures de protection ne sont généralement adoptées qu’une fois le préjudice subi. Dans les trois pays, les victimes sont plus nombreuses que les non-victimes à utiliser des outils de protection : 72 % contre 54 % aux États-Unis, 73 % contre 55 % en France et 67 % contre 56 % en Espagne. Dans l’ensemble des pays étudiés, les comportements en matière de sécurité restent largement réactifs plutôt que préventifs.
Comment éviter les escroqueries les plus courantes en France
Ne réglez jamais de « frais de livraison » inattendus demandés par SMS ou par e-mail. Des fraudeurs se faisant passer pour des services postaux ou des transporteurs réclament une petite somme pour débloquer la livraison d’un colis. Leur véritable objectif est de récupérer les données de votre carte bancaire afin d’effectuer ultérieurement des débits plus importants. Suivez vos colis uniquement depuis l’application ou le site officiel du transporteur, à l’aide du numéro de suivi communiqué initialement par l’expéditeur. Les transporteurs légitimes demandent rarement le paiement de frais supplémentaires par SMS après un achat.
Vérifiez les messages prétendument envoyés par une administration en passant exclusivement par les canaux officiels. Par SMS ou par e-mail, les escrocs usurpent l’identité de l’administration fiscale, des services chargés des amendes routières et d’autres organismes publics. Le plus souvent, ils signalent une prétendue amende impayée et fournissent un lien de paiement en invoquant l’urgence. N’effectuez jamais de paiement et ne cliquez jamais sur un lien reçu par SMS ou par e-mail. Connectez-vous directement au portail officiel de l’administration concernée pour vérifier si vous devez réellement régler une somme. Par ailleurs, les organismes officiels ne vous demanderont jamais de payer dans les heures qui suivent et ne vous menaceront pas de sanctions immédiates.
Raccrochez si vous recevez un appel non sollicité d’une personne qui prétend vouloir vous aider alors que vous n’avez rien demandé. Soyez particulièrement vigilant si l’on vous propose de vous aider à « utiliser vos droits à la formation avant leur expiration » ou de bénéficier d’aides publiques à la rénovation énergétique. Ne communiquez jamais par téléphone le numéro de votre pièce d’identité, vos identifiants de connexion ou vos coordonnées bancaires. Si l’offre vous intéresse, rendez-vous vous-même sur le site officiel de l’administration concernée et effectuez directement les démarches.
Protégez vos données avant que les escrocs ne puissent les exploiter. Activez Surfshark Alert pour analyser en continu les bases de données recensant les violations de données et être averti en temps réel si votre adresse e-mail, vos données d’identité ou vos informations financières apparaissent dans une fuite. Vous pourrez ainsi réagir avant que des fraudeurs n’exploitent ces informations pour vous envoyer un faux avis d’amende, une fausse notification de livraison ou une fausse offre d’aide publique. Utilisez Alternative ID de Surfshark pour créer une adresse e-mail de substitution lorsque vous vous inscrivez à des services, afin d’éviter que vos coordonnées ne se retrouvent sur des listes utilisées par des escrocs.
Références :
1Surfshark (2026) – Quarterly data breach statistics
Méthodologie
L’étude s’appuie sur une enquête réalisée auprès de 2 832 adultes aux États-Unis (n = 1 010), en France (n = 1 013$$ et en Espagne (n = 809). Les réponses ont été recueillies en juin 2026.
Les échantillons ont été constitués de manière à être équilibrés selon les principales caractéristiques démographiques, notamment l’âge et le sexe. L’échantillon français était composé de 50 % d’hommes et 50 % de femmes. La répartition par âge était la suivante : 18-24 ans (14 %), 25-34 ans (18 %), 35-44 ans (18 %), 45-54 ans (19 %), 55-64 ans (16 %) et 65-74 ans (15 %). En ce qui concerne le niveau d’études, 59 % des personnes interrogées étaient titulaires d’un diplôme de niveau inférieur à la licence, tandis que 41 % étaient titulaires d’une licence ou d’un diplôme de niveau supérieur. Les personnes interrogées ont été réparties en trois catégories de revenus selon la situation financière de leur foyer, telle qu’elles l’ont déclarée : revenus élevés (capables de réaliser des achats importants et d’épargner régulièrement), revenus moyens (capables de couvrir leurs besoins essentiels avec peu ou pas d’épargne) et faibles revenus (ayant des difficultés à couvrir certains besoins essentiels). La répartition était la suivante : 40 % de personnes à revenus élevés, 45 % à revenus moyens et 15 % à faibles revenus.
Certaines questions permettaient de sélectionner plusieurs réponses. Le total des pourcentages peut donc dépasser 100 % pour ces questions. Plusieurs questions, notamment celles portant sur le montant perdu, les moyens de paiement utilisés et les raisons pour lesquelles l’arnaque paraissait crédible, n’ont été posées qu’aux personnes ayant confirmé avoir personnellement perdu de l’argent (n = 124 en France). L’ensemble des résultats repose sur les déclarations des personnes interrogées. Celles-ci peuvent sous-déclarer les arnaques dont elles ont été victimes par embarras, ou surestimer la fréquence à laquelle elles sont exposées aux tentatives d’arnaque.
Pour consulter l’intégralité des données et documents ayant servi à cette étude, cliquez ici.